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Les Maladies des Abeilles: la loque américaine.

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Les facteurs de risque,
Les critères de suspicion de présence,
Les mesures de prophylaxie.

Hormis le varroa, d’autres maladies fréquentes nécessitent une intervention de l’apiculteur. Il s’agit des loques, et principalement de la loque américaine. C’est une maladie que l’on retrouve déjà dans les plus anciens livres d’apiculture. Cette maladie du couvain est provoquée par un bacille qui se développe dans l’estomac des larves et qui conduit à leur mort. Les infestations se retrouvent le plus souvent sur les ruches fortes au printemps pendant la période critique de développement, avant la première grosse miellée. Lorsque la maladie devient visible, c’est que les spores de la bactérie sont présentes en très grand nombre dans toute la ruche, y compris dans les provisions de miel et dans le bois des ruches.

Un cas d’urgence

Il faut absolument intervenir car cette loque se propage très facilement aux autres ruches (y compris celles des voisins) par l’intermédiaire des abeilles. Bien que cela soit maintenant interdit, beaucoup d’apiculteurs traitent encore avec un antibiotique. La situation s’en trouve momentanément rétablie, les symptômes disparaissent et les colonies se développent normalement pour la saison, mais le problème réapparaît systématiquement la saison suivante car l’antibiotique n’agit pas sur les spores du bacille qui sont présentes en très grand nombre dans les ruches. La loque américaine est une maladie grave du couvain d’abeille. Elle est classée en France maladie réputée légalement contagieuse.

La loque américaine a pour agent un microbe appelé Bacillus larvae. La particularité de cet agent pathogène est de se présenter sous deux formes :
– Une forme végétative : le bacille, qui est la forme de croissance et de multiplication.
– Une forme de résistance : la spore, qui est le facteur de gravité de la maladie. En effet, les spores conservent leur pouvoir contagieux durant trente ans.

Les symptômes constatés au niveau du couvain operculé sont caractéristiques. Ce sont :
– du couvain en mosaïque,
– des opercules affaissés, troués, de couleur différente,
– des larves filantes,
– une odeur particulière,
– des écailles adhérentes.

Le traitement utilise des antibiotiques (tétracycline). Leur mode d’utilisation est le suivant :
– par sirop : 0,5 g de matière active par litre, et distribution de un litre chaque se­maine, durant trois semaines ;
– par poudrage : 0,5 g de matière active pour 50 g de sucre glace, et poudrage de tous les cadres chaque semaine, durant trois semaines.

Les antibiotiques stoppant seulement la multiplication de la forme végétative, et n’ayant pas d’action sur les spores, le transvasement est obligatoire, afin d’éliminer la forme de résistance.

Une solution radicale

Les apiculteurs néo-zélandais ont pris la décision de systématiquement détruire les colonies infestées. Ils ont ainsi quasiment éradiqué cette maladie de leur sol. On conseille généralement de secouer les abeilles et la reine dans une nouvelle ruche et ensuite de brûler tout le matériel contaminé, y compris les cadres de miel. Ces transvasements conduisent bien souvent à maintenir des colonies qui ne font pas des merveilles. Pour cette raison, certains apiculteurs préfèrent supprimer totalement les colonies en cas de loque confirmée.

Agent causal

La loque américaine est une maladie des abeilles qui se transmet par la bactérie Paenibacillus larvae, qui peut sporuler. Les spores peuvent ainsi survivre des dizaines d’années même dans des conditions extrêmes (sécheresse et chaleur). Les jeunes larves (jusqu’à deux jours) sont les plus sensibles à cette maladie, les larves plus âgées ne sont atteintes que si la pression infectieuse est assez élevée. Les abeilles adultes ne sont pas du tout affectées mais transmettent cependant l’agent pathogène. La loque américaine peut provoquer une importante diminution de la productivité et faire dépérir la colonie d’abeilles.

Symptômes

Les symptômes suivants peuvent faire suspecter la loque américaine:

  • Couvain clairsemé composé de cellules fermées, de cellules ouvertes et de cellules contenant des restes de larves atteintes,
  • Cellules à l’opercule affaissé,
  • Opercules présentant des perforations,
  • Les opercules ont une couleur un peu plus foncée que la normale,
  • Odeur terreuse, argileuse,
  • Le contenu des cellules atteintes est filandreux et de consistance visqueuse (test de l’allumette),

Propagation

La contamination par les spores peut se faire lors:

  • du nourrissement avec du miel contaminé ou du pollen contaminé,
  • de l’introduction d’abeilles étrangères,
  • de l’utilisation de matériel de seconde main ou contaminé,
  • de l’essaimage.

Les spores se propagent grâce au comportement de nettoyage des abeilles et pendant le nourrissage des larves.

Prévention et lutte

Le risque de contamination peut être réduit de différentes manières:

  • ne pas nourrir avec du miel et du pollen d’origine inconnue,
  • ne pas utiliser de rayons et de cadres d’origine inconnue,
  • contrôler si le couvain ne présente pas d’anomalies,
  • limiter les contacts avec d’autres colonies d’abeilles.

Si la colonie est suspecte d’être atteinte ou d’être contaminée, l’apiculteur est tenu d’en faire immédiatement la déclaration à l’Unité Locale de Contrôle (ULC) dont dépend le rucher. L’ULC envoie alors l’assistant apicole, qui prélève des échantillons et les envoie au CERVA.

En cas de constatation d’infestation de ruche par la loque américaine, il faut prévenir sans délai l’ULC dont dépend le rucher.

Si les échantillons sont positifs (contiennent des spores), la colonie contaminée est soit détruite soit fait l’objet d’une procédure d’essaimage artificiel. Une zone de protection d’un rayon de 3 km autour du foyer est délimitée par l’AFSCA en collaboration avec le bourgmestre. A l’intérieur de la zone de protection, il est interdit de transporter des abeilles et les autres colonies sont examinées pour détecter les contaminations éventuelles. Les abeilles et le matériel apicole ne peuvent pas quitter la zone de protection.

La loque américaine est une affection du couvain qui, en France, touche de nombreuses colonies d’abeilles au cours de l’année apicole. Etablir la prévalence exacte de cette maladie est difficile, voire impossible, en raison de la non-déclaration des cas constatés par les apiculteurs. Seules sont disponibles les statistiques fournies par la DGAl, elles-mêmes issues des déclarations faites par les apiculteurs aux DDSV. Mais ces déclarations sont peu nombreuses et non représentatives de la réalité du terrain.

Lorsque la loque américaine est mise en évidence dans un rucher, une ou plusieurs colonies peuvent être atteintes. Que peut faire l’éleveur confronté à une situation qu’il ne peut négliger en raison de la gravité de cette maladie ? Rappelons qu’aux états-Unis en 1997, l’impact de la loque américaine était crédité de 5 millions de dollars de pertes (Shimanuki).

Conduite à tenir en cas de loque américaine : 3 possibilités

Destruction des colonies malades

Cette solution est la plus facile à mettre en œuvre.

Lorsque les symptômes de la loque américaine, quelle que soit leur intensité (une cellule de couvain atteinte ou plusieurs cadres de couvain atteints), sont constatés, la colonie sera détruite. La destruction se fera le soir lorsque toutes les abeilles sont retournées à la ruche, cela afin de ne pas augmenter la contamination des colonies voisines par les butineuses privées de leur ruche.

Méthode

  • Asphyxier les abeilles avec une mèche de soufre introduite au trou de vol, laisser la ruche fermée environ 15 minutes.
  • Ouvrir la ruche et récupérer les abeilles et la totalité des cadres dans un sac-poubelle plastique.
  • Désinfecter le sol aux abords de l’emplacement de la ruche.
  • Lors du retour à l’atelier apicole, le sac-poubelle et son contenu seront brûlés (les cendres seront récupérées et enterrées).
  • La combustion complète peut être favorisée par l’ajout d’une petite quantité de mazout.
  • Le corps de ruche et tous les autres éléments (plateau, couvre-cadres, nourrisseur…) seront parfaitement désinfectés au chalumeau.

Avantages
Cette méthode radicale a pour avantage principal d’éliminer les souches d’abeilles sensibles à la loque américaine ainsi que les diverses sources de contamination. La non-utilisation de médicament évite toute pollution des produits de la ruche.

Risques
Les colonies voisines et le rucher doivent être attentivement surveillés, la maladie pouvant se déclarer ailleurs en raison de la contagion qui s’est faite. C’est pour cette raison que, lorsque dans un rucher, une colonie est retrouvée malade, c’est le rucher qui considéré comme l’animal malade.

Méthode

  • La méthode, pour transvaser, obéit à des règles strictes afin de ne récupérer que les abeilles adultes et à les faire rentrer dans une nouvelle ruche en laissant sur un lange disposé devant le trou de vol le plus de déchets contaminés possibles.
  • Disposer la ruche à transvaser face à son ancien emplacement (à 2 m d’intervalle environ). Les butineuses vont retourner à leur lieu d’origine où sera placée une ruche parfaitement désinfectée, équipée de cadres construits ou gaufrés.
  • Disposé entre les deux colonies un drap (qui peut être une nappe de papier jetable) destiné à récupérer les abeilles provenant de la ruche malade. Bien faire monter le drap sur le rebord de la ruche où vont rentrer les abeilles, cela afin de faciliter leur pénétration à l’intérieur.
  • Ouvrir la ruche malade et secouer chaque cadre d’abeilles sur le drap. Les abeilles pourront aussi être brossées, cela afin d’éviter de les engluer avec du nectar. Dans ce cas, en fin de manipulation, la brosse sera lavée et désinfectée à l’eau de javel.
  • Les cadres une fois secoués ou brossés seront disposés dans un sac poubelle plastique.
  • Secouer sur le drap le corps de ruche, le plateau et les autres éléments. L’ensemble du matériel sera alors rapidement mis à l’abri du pillage.
  • Surveiller la rentrée des abeilles dans la nouvelle ruche. Si la reine est marquée, il sera facile de la visualiser et de la déposer au trou de vol, ce qui entraînera la rentrée rapide de toutes les abeilles.
  • En fin de manipulation, replier le drap qui contient différents déchets contaminés et le mettre dans le sac-poubelle où a été disposée la totalité des cadres malades.

Avantages
Cette méthode a pour avantage de ne pas détruire une colonie forte, dans certains cas susceptibles de produire du miel. Elle n’est pas traumatisante pour l’éleveur pour qui détruire des colonies est un acte difficile au regard du peu de colonies parfois possédées. La non-utilisation de médicament évite toute pollution des produits de la ruche.

Risques
La colonie transvasée doit être étroitement surveillée car la maladie peut à nouveau se déclarer. De même, les colonies voisines et le rucher doivent être surveillés. Il n’y a pas de sécurité absolue et c’est la connaissance, la disponibilité de l’apiculteur qui assureront pour partie le succès de cette opération.