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Le varroa : Traitement conseillé

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Faut-il définir ce qu’est un traitement conseillé ? Nous devrions peut-être plutôt parler d’un traitement qui a les caractéristiques suivantes :

  • « efficace »
  • avec un médicament qui a été prévu pour l’espèce concernée et pour la pathologie qu’il faut traiter
  • qui dispose d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), qui est une sorte de garantie que ce médicament a été fabriqué suite à l’existence d’un dossier d’enregistrement, basé sur des études scientifiques et qui a été accepté par l’Agence du Médicament
  • pour lequel vous avez consulté votre vétérinaire. Il est effet le seul à pouvoir vous conseiller correctement afin de mettre en place le traitement qui correspondra le mieux à votre rucher, à votre pratique apicole, avec toutes les caractéristiques spécifiques qu’il comporte, en tenant compte des antécédents de traitement.

Afin de lutter efficacement et intelligemment contre le varroa, il est nécessaire d’effectuer deux traitements : un traitement d’été et un traitement d’hiver. L’un ne remplace pas l’autre mais tous deux sont complémentaires.

Le traitement d’été

Les objectifs du traitement d’été sont, d’une part, de maintenir la pression parasitaire à un niveau acceptable pour la survie de la colonie et, d’autre part, de permettre la naissance d’abeilles d’hiver saines.

Quand commencer à traiter?

Tout dépend du niveau d’infestation de votre ruche par le varroa. Pour le connaître, il faut mesurer régulièrement l’augmentation du nombre de parasites (soit par la méthode du sucre impalpable, soit par comptage sur la planche compte varroa). Si en cours de miellée, le nombre de parasites augmente fortement, il est conseillé de l’interrompre pour effectuer le traitement sans quoi vous mettriez en péril la survie de votre colonie.

Surtout ne traitez pas trop tard. Il est impératif que les abeilles d’hiver naissent en pleine santé. Dans nos régions, il est fortement conseillé de traiter dès la fin du mois de juillet ou le début du mois d’août.

Avec quoi traiter?

Nous conseillons d’utiliser un traitement efficace et qui ne perturbe pas les abeilles. Les seuls traitements qui répondent à ces questions sont ceux effectués avec des lanières imprégnées d’acaricides de contact (ils ne pénètrent pas dans le corps de l’abeille) que l’on suspend entre les cadres au niveau du couvain. Les abeilles viennent s’y frotter, se chargent en principe actif qui non seulement reste collé sur leur cuticule mais en plus va pouvoir être transmis à d’autres abeilles par contacts sociaux. De cette façon, quand un acarien entrera en contact avec le médicament, il mourra.

Il ne faut pas toujours utiliser le même médicament car les parasites pourraient s’y habituer et développer des résistances. Il est dès lors conseillé de changer régulièrement de molécule. Votre vétérinaire saura vous conseiller.

Pendant combien de temps faut-il traiter?

L’objectif du traitement étant d’éliminer les varroas, il est important de traiter suffisamment longtemps – de 10 à 12 semaines. Mais le problème est que la concentration des bandelettes en principe actif diminue avec le temps (par utilisation ou – ou – oxydation au contact de l’air). Il est donc important de renouveler le traitement après 6 semaines sans quoi votre traitement risque soit d’être inefficace, soit de favoriser l’apparition de résistances.

Y a-t-il des effets néfastes pour les abeilles?

Le traitement à l’aide de bandelettes est tout à fait inoffensif pour les abeilles. On n’observe pas de rongement de la bandelette, ni de propolisation, ni d’interruption de prise de nourriture (vous pouvez commencer à nourrir le jour du traitement), ni de déplacement de couvain, ni de mortalité, ni de perte de reine suite au traitement. Tout au plus observerez-vous un léger creusement de la cire des alvéoles sous les languettes (les abeilles ont peu de place pour se glisser entre la languette et les alvéoles).

Le traitement d’hiver

Surtout ne le négligez pas, il est d’une importance capitale. Le traitement d’été permettra déjà d’éliminer une grande partie des varroas mais il en restera toujours dans les alvéoles étant donné que du couvain sera toujours présent au cours de la période du traitement d’été (qui se termine normalement, si débuté tôt, courant octobre). Les objectifs du traitement d’hiver sont d’une part, de faire un « diag- « diag- de l’efficacité du traitement d’été et d’autre part, de permettre à la colonie de débuter la nouvelle saison apicole quasi « indemne » de varroa.

Quand commencer à traiter?

Il faut essayer de traiter quelques semaines après les premiers coups de froid de façon à ce que la colonie ne possède quasi plus de couvain. Mais il ne faut pas traiter trop tard non plus car certains médicaments ont un délai d’attente pour le miel et doivent être administrés un certain temps avant la sortie des premières butineuses. L’idéal est donc de traiter vers la mi-décembre.

Avec quoi traiter?

Nous conseillons, comme pour le traitement d’été, d’utiliser un traitement efficace et qui ne perturbe pas les abeilles. Le seul traitement qui réponde à ces questions est celui effectué avec un acaricide systémique qui pénètre dans le corps de l’abeille et va se concentrer dans son hémolymphe. De cette façon, quand un acarien viendra piquer l’abeille pour se nourrir de son hémolymphe, il absorbera également le médicament et mourra.

Ce médicament est appliqué en solution par dégouttement dans les ruelles intercadres, directement sur les abeilles. Cette opération est effectuée en quelques minutes après avoir soulevé le couvre-cadre et ne dérangera donc que très peu la colonie. La solution est déposée directement sur le corps des abeilles qui d’une part, vont l’absorber par voie orale et d’autre part, se l’échanger par trophallaxie de façon à ce que, in fine, toute la colonie soit « imprégnée » du principe actif.

Combien de fois faut-il traiter?

Il faut d’abord effectuer un premier traitement. N’oubliez pas qu’il faut mesurer son efficacité par comptage des parasites sur la planche compte varroa. Nettoyez votre planche et mettez-la en place le jour du traitement. Vérifier la chute des varroas après 12, 24 et 36 heures (pas beaucoup plus tard sans quoi certains parasites auront disparus et votre comptage risque d’être faussé). S’il n’y a pas de varroas sur votre planche, c’est que votre traitement d’été a été efficace. Inutile de faire un second traitement d’hiver dans ce cas. Par contre, si vous observez des varroas, il faut traiter à nouveau environ 7 jours après le premier traitement.

Y a-t-il des effets néfastes pour les abeilles?

Si le traitement est effectué conformément aux instructions qui vous auront été données par votre vétérinaire, il n’y a aucun effet néfaste pour les abeilles. Vous pourriez tout au plus observer une légère agitation des abeilles qui n’aiment pas nécessairement se faire « doucher » et une éventuelle légère augmentation de la mortalité, plutôt suite à l’action mécanique du traitement s’il faisait trop froid. Il est d’ailleurs conseillé de chauffer légèrement la solution (15°C) avant de l’appliquer, ceci afin d’éviter un choc thermique.

Point de vue des biodynamistes

Les apiculteurs biodynamiques (Hauk, 1990) considèrent le problème du varroa comme étant le résultat d’une dénaturation de la ruche par l’homme. Déjà, en 1923, Rudolf Steiner avait prédit que l’abeille domestique survivrait difficilement à la fin du siècle. La ruche naturelle, et vers laquelle le modèle devrait tendre selon eux, n’est pas de forme carrée, mais plus ou moins cylindrique. De plus, les rayons ne sont pas symétriques mais bien entrelacés dans une ruche à l’état sauvage. Un retour à une forme plus naturelle, ainsi que la récolte uniquement des surplus de miel, renforcerait la colonie et lui permettrait de mieux combattre selon eux.

La prévention passe par l’élevage de souche d’abeilles en quelque sorte “résistantes”, ou plus exactement aptes à se débarrasser du parasite, et par le fait à plus ou moins l’éliminer. Elle passe également par l’examen minutieux des ruchers, ou par celui des abeilles mortes de fraiche date, ce qui peut permettre de déceler l’acariose avant qu’elle ne se généralise.

Les traitements chimiques (acaricides) constituent pour l’heure la seule parade, mais leur efficacité est rarement effective à 100 %, d’autant que l’ “accoutumance” finit par induire des souches plus ou moins résistantes. En pareil cas l’apiculteur est souvent tenté d’augmenter le dosage, ou la fréquence des traitements, mais il est préférable de changer de produit, et plus exactement de principe actif. Bien entendu, et c’est là une évidence, tout traitement doit être compatible avec la vie même des abeilles, mais également avec la qualité gustative et sanitaire du miel.

Au final, et même si les acaricides ne sont pas forcément la panacée, ils permettent le plus souvent de ramener le taux de “parasitage” à un niveau acceptable en regard du développement normal d’un rucher, et donc de sa production mellifère le phénomène est bien connu, et il vaut en de multiples domaines. Le cas des moustiques est à cet égard très symptomatique, car l’émergence de souches résistantes d’Anophèles pose bien souvent de réels problèmes dans les pays et régions où la malaria (= paludisme) sévit.